LE CIEL VA-T-IL NOUS TOMBER SUR LA TETE ?

October 10 2000

by ACDN in SAINTES (FRANCE)

Le samedi 7 octobre 2000 était une journée mondiale de protestation contre la militarisation de l’espace. Des rassemblements divers ont été organisés par près de 80 associations nationales ou internationales dans une quinzaine de pays, des Etats-Unis (38 villes concernées) au Japon, en passant par l’Allemagne, l’Angleterre, l’Inde ou l’Australie… A SAINTES, l’une des 250 villes membres du réseau international  « ABOLITION 2000 » qui réclame l’élimination de toutes les armes nucléaires, l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) organisait un débat sur cette question cruciale. La vingtaine de personnes qui sont intervenues pendant deux heures et demie ont pu mesurer la gravité de la menace nucléaire suspendue sur nos têtes et l’urgence d’une mobilisation plus importante des citoyens français.

Les projets américains baptisés « National Missile Defense » (NMD) et « Theater Missile Defense » (TMD) consistent à déployer sur terre et dans l’espace un système de radars, de satellites, de lasers militaires et de missiles, pour constituer des « boucliers nucléaires ». Si le successeur du président Clinton les adopte, cette nouvelle « guerre des étoiles » transformera l’espace autour de la terre en champ de bataille potentiel et remettra en cause le traité russo-américain ABM (« Anti-Ballistic Missile ») de 1972, qui interdit le déploiement de tels boucliers (de façon à ce que chaque pays nucléaire, se sachant à la merci de l’autre, ne soit pas tenté de l’attaquer). Le fragile équilibre entre puissances nucléaires, maintenu jusqu’à présent par ce traité, sera rompu et fera place inéluctablement à une nouvelle course aux armes de destruction massive. A ce titre, de nombreux opposants américains (parmi lesquels des députés et sénateurs), mais aussi la Russie, la Chine et la plupart des alliés des Etats-Unis, au premier rang desquels la France, ont condamné le NMD.

En outre, ces projets anéantiront dans l’œuf « l’engagement sans équivoque » pris le 19 mai dernier par les cinq grandes puissances nucléaires (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Chine et France), d’éliminer toutes leurs armes nucléaires. Il devient donc urgent de commencer à réaliser cet engagement. La France pourrait demander à ses partenaires concernés au sein du Conseil de sécurité de l’ONU d’établir un calendrier de négociations. Au lieu de cela, le gouvernement français a décidé cet été la construction d’un quatrième sous-marin nucléaire lanceur d’engins de nouvelle génération, baptisé « Le Terrible », qui coûtera avec son armement près de 105 milliards de francs, avant même de commencer à naviguer en 2008. Le gouvernement prévoit de dépenser 400 milliards de francs pour moderniser une « force de frappe » qu’il s’est pourtant engagé à éliminer. Est-ce logique ?

Il  existe une autre raison d’entreprendre enfin l’élimination des armes nucléaires promise par les cinq grandes puissances dans le cadre du Traité de Non-Prolifération (TNP) : c’est l’unique moyen d’obliger trois autres puissances nucléaires qui, elles, n’ont pas adhéré au TNP, à rejoindre les 187 Etats l’ayant signé, et à éliminer elles aussi leurs armes nucléaires. Il s’agit de l’Inde, du Pakistan, et d’Israël. Les deux premiers fourbissent leurs armes : l’Inde a augmenté en 1999 son budget militaire de 38 % ; le Pakistan étudie « le concept de guerre nucléaire limitée », y prépare son armée, et l’Inde n’est pas en reste. Quant à Israël, les événements actuels peuvent anéantir le processus de paix et amener une nouvelle guerre avec ses voisins, déjà tentés de lui ravir son monopole nucléaire en dénonçant le TNP. Ainsi, des conflits régionaux impliquant des puissances nucléaires risquent de déboucher sur des frappes ou des échanges nucléaires catastrophiques pour les peuples concernés -et pour le reste de l’humanité, comme l’ont prouvé les retombées de Tchernobyl. Entre violence armée et désarmement nucléaire, il faut choisir, et vite.

N’est-il pas du devoir de chacun de prêter attention à cet aspect de l’actualité ? Ne serait-il pas temps que les Français se mobilisent pour exiger que le gouvernement et le chef de l’Etat tiennent les engagements qu’ils ont pris au nom de la France ?

ACDN



Home Page